Pistachios en roofmat : Bearcat et Focke-Wulf 190 D

J'avais bien juré de ne jamais construire de Pistachios, préten­dant que les Cacahuètes étaient déjà trop petites pour un bigleux comme moi, lorsque je suis tombé sur les photos ramenées du concours de Maastrich 95. Les devis de poids et les performances me paraissaient étonnants pour des modèles entièrement décorés. Pour voir, j'ai mis le doigt dans l'engrenage ... ça ne fait pas si mal que ça !

Le régiement des Pistachios n'exigeant pas de décollage, on peut représenter les chasseurs train rentré, ce qui a beaucoup plus d'allure et en plus améliore le poids et les performances. J'ai d'abord choisi le Bearcat pour son aile de grande surface, dont la position médiane simplifie le raccordement au fuselage (idem pour Thunderbolt, Hellcat, Buffalo), mais la méthode peut s'appliquer à tous les chasseurs, le raccordement d'aile est seulement un peu plus délicat pour les vraies ailes basses.

Le plus facile est de travailler directement sur un plan mis à l'échelle Pistachio à la photocopieuse (envergure 20 cm ou longueur 15 cm hors hélice). Il est bon de disposer de plaques de Roofmat de diverses épaisseurs, découpées au fil chaud de préférence (on peut ainsi faire des feuilles de moins de 0,5 mm d'épaisseur), mais pour ce qui nous intéresse, il faut approximativement du 1, du 1,5, du 2 et du 5 mm pour ailes et empennages et du 10, du 15 et du 20 mm pour les fuselages.

Il existe plusieures qualités de Roofmat qui se distinguent par leur couleur. Il semble que les plaques bleues ou grises aient une texture plus fine, seule adaptée aux très petites maquettes. Je me procure le mien en faisant les poubelles des chantiers de construction, mais vous n'êtes pas forcés de vous abaisser à de pareilles extrémités: On en trouve dans le commerce!

Fuselage

Utiliser la vue de côté comme gabarit pour découper deux demi-fuselages, découpe soignée bien perpendiculaire à la plaque. Relier les deux moitiés par un léger filet de colle dans l'axe. Coller le cou ple avant, cir­culaire pour le Bearcat et le fIN 190 D, de préférence à la Limpidol dont les bavures s'éliminent facilement à l'alcool. Sculpter la forme extérieure, au cutter puis au papier de verre de plus en plus fin, mais sans cher­cher à ce moment une finition parfaite. Séparer les deux moitiés en passant entre les deux un cutter à lame longue, creuser pour alléger: la meilleure solution me paraît de monter sur une mini-perçeuse un tube d'alu dont l'extrémité est évasée et dente­lée, ce qui déchiquette le plastique sans le fondre, et de finir, avec une fraise ronde ou une petite bande de papier de verre fin rou ­lée et collée sur un axe de 3 mm. Tenir le demi-fuselage dans le creux de la main, bien caler la main tenant la mini-per­çeuse, et surtout prendre son temps : il n'y a pas beaucoup à enlever 1 Si on asse à tra­vers, ce qui arrive à des gens très bien 1, découper proprement les bords du trou, enfoncer par l'intérieur un bouchon de Roof­mat collé à la Umpidol diluée, araser et pon­çer après séchage complet: la réparation est presque invisible. On doit amener l'épaisseur à moins de 2 mm à l'avant et moins de 1 mm à l'arrière, le poids des deux coquilles étant de l'ordre de 0,5 à 0,8. A ce moment ces demi­coquilles sont très molles, mais elles retrou­vent une étonnante rigidité une fois recollées. Ne pas oublier un petit renfort pour la broche (balsa 5/10), avant de réunir les deux coquilles. Finir la forme exté!ieure au papier de verre très fin, poser, pour le Bear­cat, un capot en papier (il n'est pas totale­ment indispensable, mais il renforce l'avant, facilite la manipulation, et cache le joint du couple avant). Sur le fIN, le capot est en balsa 5/10 ce qui permet de le profiler un peu. L'avant du capot du Bearcat est un anneau de balsa poncé à la forme, la plaque porte-hélice est un disque de 15/10 qui se glisse à l'intérieur de l'anneau. Le fIN ayant un nez beaucoup plus fin, toute la face avant du capot est amovible, ce qui est plus simple et facilite les réglages.

Aile

Il est malheureusement difficile (mais pas impossible !) de donner à l'aile un profil réa­liste, pour une question de poids je l'ai fait sur le D 520, la pénalité est de 0,3 g, ce qui est beaucoup à cette échelle pour une aile de faible surface). L'aile aura donc de préférence un profil creux, obtenu soit par ponçage d'une plaque de 5 mm, soit en ployant dans l'eau bouillante une plaque de 1,5 mm sur un gabarit en bois, solution plus légère mais un peu moins belle. Arrondir l'avant et affiner l'arrière de la plaque, poncer la coupure centrale pour obtenir le dièdre en conser­vant le profil. Les empennages sont décou­pés en quelques instants dans de la plaque de 1 mm ou moins.

Montage

Bearcat : Découper la fente courbe, glisser l'aile, fixer d'un point de colle à l'intérieur. Coller les empennages, découper le trou du cockpit. Il est facile de découper toutes les gouvernes, même les tabs ! Sur le Bearcat, surtout si on a choisi un intrados plat, on peut abaisser les volets de 5°, ce qui amé­liore à la fois la portance et le réalisme. FW 190 0 : Découper la partie inférieure du fuselage correspondant à l'aile et la recoller, recouper, après collage de l'aile (c'est le tra­vaille plus délicat, il y a un petit karman pas facile !).

Décoration

Il faut impérativement utiliser de la peinture acrylique (Tamiya par exemple) qui est légère et n'attaque pas le Roofmat. La peinture est très peu diluée et passée à l'aérographe. Le Bearcat pose un problème car il faut le peindre entièrement, le bleu n'est pas très couvrant, et même la peinture brillante est mate sur le Roofmat. Autant dire que le mien est loin d'être parfait. De plus, j'ai réalisé chiffres et étoiles en papier, alors qu'il aurait été plus élégant et plus léger de masquer ces surfaces avant peinture. Par contre, si le FW 190 est plus délicat à peindre, d'une part on peut laisser le des­sous non peint (la couleur du Roofmat est presque parfaite), d'autre part les peintures de camouflage ont un aspect très réaliste, même passées légèrement. Toutes les déco­rations ont été réalisées à l'aide de masques adhésifs, seul le moucheté du fuselage est fait à main levée. Si l'on ne dispose pas d'un aérographe, on peut utiliser des feutres acry­liques. En principe, il en existe une gamme de quinze couleurs. Je ne les ai pas essayés sur un a ion complet, mais le bleu est tout à fait convenable pour le Bearcat, et ne semble pas plus lourd qu'à l'aérographe. On doit pouvoir aussi réaliser les camouflages en utilisant des masques en papier. Les pho­tos me paraissent suffisantes pour guider la décoration. Les puristes pourront constater qu'il manque un grand V 56 sur l'aile droite du Bearcat et que la forme du 4 noir (qui manque sur certaines photos), est inexacte sur le FW (voir le "Profile" sur cet appareil).

Hélices

Il est rare d'avoir à économiser le poids à l'avant de ces modèles, on peut fabriquer des hélices relativement lourdes. Pour les deux avions, les pales sont en CTP de 0,3 mm vrillées dans l'eau bouillante sur forme. Claude Weber me soufffle une astuce intéressante :

Vriller les pales au fer à repasser! On peut aussi les découper dans des pots de yaourt (en découpant à 15° de l'axe, on obtient un léger vrillage), c'est très rapide mais le col­rage est un peu plus délicat. Les pales du FW sont directement collées à l'Araldite dans les fentes d'un cône tourné à la mini-perçeuse. Celles du Bearcat sont collées sur deux baguettes de bois dur de diamètre 1,5 mm collées en croix. Les axes sont en corde à piano 5/10 tournants dans des morceaux d'aiguille de seringue, dépo­lis extérieurement et collés à l'Araldite.

Devis de poids

Bearcat: cellule: 2,8 g, hélice : 1 g, moteur 0,8 g 300 mm de 1 x 1,3 mm x 2 remontage : 1500 tours
FW 190D: cellule : 2 g, hélice : 0,7 g, moteur 0, 7g 320 mm de 1 x 1,1 mm x 2 remontage : 1800 tours.
On doit pouvoir gagner du poids sur ces devis, surtout sur le Bearcat qui est inutile­ment épais à l'arrière. Meilleur temps actuel: Bearcat : 40 s, FW 190 : 55 s. On est encore assez loin des performances des meilleurs, mais le Focke-Wulf semble encore pouvoir s'améliorer en jouant sur le moteur et le pas d'hélice. Les derniers modèles de ce genre vus à Maastrich lors d'Interscale 97 semblent avoir beaucoup progressé. Les poids se rap­pochent de 2 g, et les performances s'envolIent en proportion, atteignant parfois 90 s pour des appareils très détaillés!

Réglage

Tous les modèles de ce type sont réglés de la même façon : axe moteur très peu décalé à droite (moins de 1 °), piqueur 0 à 2 0, aileron droit négatif 3 0, gauche positif 5 à 7 0, gou­veme de dérive à gauche de 5 à 10 0. Les modèles tournent donc à gauche, légérement inclinés à gauche en début de vol (quand le couple est fort), ce qui limite parfois la mon­tée à ce moment (intéressant pour les longs vols). On règle cette inclinaison à l'aide de l'ai­leron gauche, ou en jouant (très peu) sur le décalage d'axe, et le rayon du cercle à la dérive. Le C.G. est assez avancé, 22 à 28 %. Ce réglage n'est pas très délicat, mais les réactions aux ajustements sont importantes, il faut agir par très petites variations.
Le réglage habituel à droite est, par contre, très diffcile à obtenir si on ne veut pas aug­menter beaucoup le dièdre. Pour débuter, on peut s'attaquer au Bearcat, plus tolérant au poids, et le décorer au feutre. Il volera très bien avec une bipale en plastique que l'on peut alléger par grattage. Avancer la broche peut aider à limiter le lest. Du caout­chouc de Jokari de 1 x 1 mm peut suffire à la propulsion. Bien qu'ils soient conçus pour voler en salle, ces microbes ne volent pas si mal en extérieur. Par un soir calme, l'abri d'une cour ou d'une clairière leur suffit largement et, contrairement aux modèles traditionnels en papier, ils ne craignent pas l'humidité! S'ils demandent un peu de soin et une main légère, ces modèles sont plus faciles et plus rapides à réaliser qu'il n'y parait. On atteint assez facilement une finition qui se rapproche des maquettes fixes, auxquelles on peut emprunter les décals pour simplifier la décoration, et on peut constituer rapide­ment une petite escadrille au vol réaliste et spectaculaire.
Ajouté le 03/12/2009 - Auteur: Jacques Cartigny - Catgégorie: Pistachio